2. 5. La nature

A priori, le mot « nature » a un sens très large et vague. Pourtant, par rapport à ses différents emplois, une définition commune peut en être assez simplement formulée, au seul prix d’un néologisme, il faut le reconnaitre, fort laid. Au mot « nature », en effet, correspond pratiquement toujours un principe « d’intrinséquisme », selon lequel un phénomène ou un ensemble de phénomènes constituent une totalité fermée, qui contient en elle-même les conditions de sa propre intelligibilité[1]. Comprendre ce principe, c’est comprendre toute la nature. Car la nature n’est pas un objet mais un principe. Elle n’est pas seulement notre réalité extérieure mais surtout la manière de percevoir celle-ci et de la comprendre.

Mais attention ! Dire que la nature est un principe ne revient pas à dire qu’elle n’est qu’une idée – il serait bien difficile de préciser laquelle ! – ni une succession d’idées, dont il suffirait de retracer l’enchaînement. C’est plutôt désigner, à travers ce principe, différentes manières d’organiser la perception et la compréhension du monde qui nous entoure. A ce titre, notre époque oppose trop rapidement d’autres visions de la nature à celle de l’Occident. Car la nature est très loin de représenter un concept simple et uniforme, même en Occident. C’est plutôt comme une exigence de pensée qui déplace incessamment ses propres présupposés.

Comme principe, la nature n’est pas une simple idée, au sens où elle ne serait qu’une création subjective. Au sens où il y aurait autant de natures qu’il y en a d’idées. La nature est bien cette réalité que nous désignons hors de nous. Une réalité qui ne va pas cependant sans certaines contraintes et constantes logiques et imaginatives, directement sensibles dans les représentations que l’on peut en avoir. De sorte qu’une philosophie de la nature doit s’intéresser aux manières dont on peut et dont on a pu regarder le monde, organiser les jardins, ressentir les paysages, imaginer les habitants d’autres planètes et le destin de la Terre, deviner des correspondances magiques entre les êtres et rêver d’un bonheur paisible. La nature est tout cela et bien d’autres choses encore. Elle est notre extériorité commune. Et l’erreur dès lors serait de croire qu’elle se limite aux espaces vierges d’hommes. Les villes, nous le verrons, ne lui échappent pas. Elles forment, elles aussi, notre nature – notre environnement. En fait, nous serons conduits à reconnaître que derrière la Nature se cache l’idéal de notre rapport aux autres.

Au total, nous distinguerons deux principales façons de penser la nature : comme cosmos ou comme système. Ce que nous verrons successivement :

              2. 5. A. -Du monde clos à l’univers infini

              2. 5. B. -Le système de la nature.



[1] Définition formulée par J. Ladrière La pertinence d’une philosophie de la nature aujourd’hui in P. Colin (Ed) De la nature, Paris, Beauchesne, 1992.