Le héros, le grand homme, ce que l’on dit des hommes (4. 2. 14. / 4. 2. 21.)

Ci-après, les évolutions qu’aura historiquement connu l’idéal de grandeur personnelle – voyant le héros devenir peu à peu un grand homme – nous intéresseront principalement en ce qu’elles indiquent quelles contraintes sont inhérentes aux discours que les hommes tiennent sur les hommes.

Héros est en effet celui du point de vue duquel êtres et choses existent et prennent sens. Héros est celui qui est sujet d’une histoire et à partir duquel un récit peut être constitué. Cette thématique, riche mais souvent diffuse, devant nous occuper assez longtemps, nous ne nous étendrons pas dès son introduction. Précisons seulement que le thème du héros permet surtout d’interroger les conditions de l’accès individuel à la personnalité et à l’être. Car, il convient de le souligner d’emblée : à écouter les hommes parler des hommes, il est assez clair que tous n’existent pas au même degré et que beaucoup n’existent même qu’à travers d’autres. Exister, c’est être capable de représenter un point de vue à partir duquel tout le reste – le monde, les choses, les autres hommes – se laisse caractériser et prend sens. Exister, c’est être un héros. Il faut prendre ce terme au sens fort car exister c’est essentiellement se distinguer et faire valoir son point de vue – au moins à ses propres yeux. De sorte que ce que les hommes ont peut-être le plus de mal à penser, en regard, est leur commune co-existence. Et pour entendre plus avant les termes du discours de la grandeur humaine, pour en saisir les attendus et les règles, il nous faudra considérer quelques figures historiques. Deux nous retiendront particulièrement. La première, celle de Napoléon Bonaparte, nous fournira comme la matrice du discours de la grandeur à l’âge moderne. La seconde, particulièrement difficile, celle d’Adolf Hitler, nous fournira comme une démonstration par l’absurde des contraintes qui pèsent sur l’appréhension et la restitution d’un destin historique singulier.

Ci-après, nous envisagerons donc successivement :

A)    l’héroïsme et le thème du surhomme.

B)    Le grand homme.

C)    Napoléon.

D)    Hitler. Avec un encart qui pourra paraître un peu surprenant à cet endroit sur le montage cinématographique.

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Sommaire :

A) L’héroïsme

La mort d’un soldat. Le héros dans la logique du récit. La morphologie du conte de Propp. Des héros sans personnalité : les saints de la Légende dorée. Jeanne d’Arc. Une logique héroïque universelle ? Otto Rank. Le roman familial. Narcissisme et rêverie. Ressorts imagés de l’héroïsme. La figure d’Einstein. L’épopée. L’épopée ne désigne pas seulement un mode de littérature mais le langage même de la valeur humaine. Le héros est un être de parole. Superman. Les anti-héros. Héros, anti-héros et logique de l’action héroïque. Les héros se doivent désormais d’être ordinaires. Les héros de 15 minutes. Caractère victimaire des héros modernes. L’héroïsme pur. L’héroïsme des romances. Le succès de la collection Harlequin. Un imaginaire commun pour dire sa propre singularité. Une création collective. Le rêve d’un animal hiérarchisé. L’humanité sous le signe de la rareté. Le surhomme. Logique du surhomme. Nietzsche. Balthasar Gracian. Corneille. Humanisme et surhumanité. L’humanisme rejette l’idée de surhomme sans pouvoir manquer de l’appeler. L’homme supérieur dans l’Antiquité. Ambiguïté de l’humanisme.

B) Le grand homme.

Le modèle des Vies de Plutarque. Une mission de service public. La conception hégélienne du grand homme. Alexandre le Grand.

C) Napoléon Bonaparte

L’époque voulait des grands hommes. Le culte révolutionnaire des héros. Contraintes épiques. L’impact du Mémorial de Sainte-Hélène. Le génie de Bonaparte. A quoi tient le génie militaire ? La transformation de la conduite de la guerre en France avant Bonaparte.

D) Adolf Hitler.

La biographie de Hitler. Les influences idéologiques de Hitler. L’occultisme délirant. L’influence décisive de Schopenhauer ? Le nazisme a puisé à un fond d’idées communes. Interprétations psychanalytiques. Himmler. Un magnétisme particulier ? L’acteur Hitler. Epopée et barbarie à l’âge du montage cinématographique. Un nouvel Hollywood. L’imagerie nazie. Le montage d’actualités et d’archives. La barbarie nazie. Interprétations structuralistes du nazisme. Le pouvoir charismatique. Comprendre le nazisme ? Goebbels. Obscénité du nazisme. Le pouvoir absolu. Colonisation et extermination. Les Mongols. Le bonheur de tuer. Pouvoir absolu et esclavage. La loi de Lynch. La marche au pouvoir de Hitler. Le diabolisme de Hitler. Hitler ou la séduction du paroxysme. Personnages et personnalités historiques. Pour en finir avec Napoléon et Hitler.

vincenzo vela Napoléon mourant à Sainte-Hélène, 1866

Vincenzo Vela Napoléon mourant à Sainte-Hélène, 1866