L’humanisme (4. 1. 24. / 4. 1. 28.)

Avec les philosophies de l’existence, nous avons vu l’apologie du “concret”, de la “situation humaine” provoquer la formation de doctrines fortement intellectualisées, retranchées derrière un imposant jargon. La mise en avant de la réalité humaine par tout un courant de pensée a finalement produit une collection d’auteurs qui se laissent inscrire sous un registre particulier : celui des doctes qui parlent de l’homme tel qu’il devrait être. En ceci, l’existentialisme est bien un humanisme. Car c’est sous ce même registre que l’humanisme se laisse lui-même le mieux appréhender peut-être. Pour le reste, il représente une notion particulièrement vague.

Les sens de ce terme sont multiples en effet. Du II° siècle ap. JC où il apparut, semble-t-il, jusqu’au XVIII° siècle, “l’humanisme » désigna l’attitude philanthropique. Il en vint par la suite à caractériser – non sans certaines ambiguïtés - les systèmes philosophiques pour lesquels l’homme est le socle ultime de toute signification et de toute valeur. Le champ philosophique est borné par l’homme, disait ainsi Jean-Paul Sartre (Situations IX, 1972, p. 83). Très sommairement, on peut par ailleurs dire qu’avec la Renaissance, une doctrine humaniste se constituera qui, à partir du XIX° siècle, sera souvent mise en débat.

L’humanisme, peut-on dire aussi bien, est une doctrine construite autour de la notion d’humanité – une notion forgée, semble-t-il, dans l’entourage de Scipion le jeune et, par la suite, particulièrement mise en avant par Cicéron. Comme qualité et valeur, l’humanité distingue l’homme non seulement des animaux mais aussi et surtout des autres hommes, vulgaires, barbares, étrangers en tous cas à ce qui fait proprement la valeur de l’homme ; qui n’est d’ailleurs guère facile à définir mais en quoi on trouve en général un mélange de culture et d’urbanité.

Valeur de distinction, l’humanité isole l’homme au sein de la création et certains hommes par rapport aux autres. Mais cette valeur peut aussi bien se retourner. Face au divin, l’humanité paraît fragile, perdue, pécheresse. Du point de vue d’une ironie raffinée ou d’une nouvelle humanité supérieure, elle paraît une valeur bourgeoise et médiocre – humaine, trop humaine. Certains enfin, de nos jours, se demandent si nous ne sommes pas contraints de devenir inhumains et, comme Jean-François Lyotard, peinent quelque peu à préciser ce qu’ils veulent dire par là ! (L’inhumain, 1988). Ci-après, de tels retournements nous intéresseront particulièrement et avec eux les méandres à travers lesquels l’humanisme est à même de se déployer. Nous les suivrons plutôt que de nous attacher à retracer de manière exhaustive toutes les occurrences historiques de l’humanisme.

Finalement, faisant nôtre une définition de Fernand Braudel, nous prendrons l’humanisme comme une éthique de noblesse humaine qui, orientée à la fois vers l’étude et l’action, reconnaît et exalte la grandeur du génie humain, en même temps qu’elle commande un effort chez l’individu pour qu’il développe en lui-même les puissances qui grandissent l’humain et le magnifient. Un point de vue tendu vers la recherche d’une solution autre que celles de l’heure présente et porté à ce titre par un désir presque maladif d’aller vers le nouveau, le difficile et même l’interdit (Grammaire des civilisations, 1963, p. 381 et sq.).

Nous verrons successivement : A) l’humanisme classique & B) les critiques de l’humanisme.

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Sommaire :

A) L’humanisme classique

L’humanisme de la Renaissance. Les nouveaux lettrés se pencheront d’abord sur les textes sacrés, dont ils voudront retrouver le sens originel. Invocation d’une nature humaine. Faire de l’humanité une question de droit. Le relativisme de l’humanisme. La découverte de l’homme comme sujet. Naissance du portrait. Confusions courantes concernant l’humanisme. La découverte de l’homme.

B) Les critiques de l’humanisme

Humanisme et marxisme. Le marxisme est-il un humanisme ? La mort de l’homme L’antihumanisme contemporain. La critique structuraliste de l’humanisme. L’humanisme entre Lumières et romantisme. L’humanisme indépassable. Il n’est pas contradictoire que l’humanisme inspire des revendications particularistes. L’humanisme est un individualisme. Max Stirner. Humanisme et héroïsme.

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Hans Holbein Erasme, 1523